(Vous trouverez le début de ce texte ICI) Face à cette situation, la droite n’a d’autre solution que celle de se relancer
dans un combat déserté depuis longtemps : celui du débat d’idées. Pour ce faire, elle doit ne doit pas se réinventer des valeurs, mais simplement se réapproprier celles qui sont les siennes. Et
les valeurs à défendre ne manquent pas : nation, patrie, souveraineté de la France, solidarité et identité… Quand la gauche privilégiait la passion à la raison, l’enfermement idéologique à
l’esprit de vérité, la droite péchait peut être par excès de rationalisme : les yeux rivés sur les statistiques, réduisant l’état du pays à un ensemble de tableaux et de courbes, elle
diagnostiquait ses maux avec un regard de clinicien, les limitant à des chiffres portés en regard de sigles absconds, forcément froids et impersonnels : PIB, PNB, IPI, ICA, IDH… Un examen
nécessaire, mais insuffisant. A s’être trop occupé de la santé du corps social, la droite a délaissé ce qui est pourtant tout aussi essentiel à son bien être : son âme. En mai 68, entre deux
pitreries maoïstes et trois élans chéguévaresques, avaient été lancés ces mots: « On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance ». Cette réalité simple, la droite l’a oubliée, tout comme elle
a oublié que la société reste un phénomène proprement humain qui ne vit et vibre qu’aux accents des valeurs qui assurent sa cohésion et que parfois même il lui arrive d’entrer en résonnance à des
accords trop forts, expurgeant de son sein les parties qui ne rendraient qu’un son creux. Ainsi que le disait le poète libanais Khalil Gibran « Votre raison et votre passion sont les gouvernails
et les voiles de votre âme navigante. La raison régnant seule restreint tout élan, et la passion abandonnée à elle-même brûle jusqu’à sa propre destruction. » Sans passion, le discours politique
ne possède pas le souffle suffisant pour imprégner les mentalités car la nature humaine est ainsi faite qu’un gramme de passion dans le débat public y pèsera plus qu’un quintal de raison. Ce
souffle, la droite se refuse à en être la porteuse, tremblotant par avance aux accusations de dérive barrésienne qui ne manqueraient pas de fuser, préférant se réfugier dans le compassionnel de
circonstance des faits divers que dans la saine passion, inscrite dans la pérennité. D’où son indigence intellectuelle à faire face à la gauche qui, quelle que puisse être la couleur politique
actuelle du gouvernement, conserve son emprise sur les consciences par le biais du paradigme qu’elle est parvenue à leur imposer. Une indigence que l’on retrouve même du coté de la droite dite
décomplexée, qui ne l’est véritablement que sur les questions économiques et pas forcément pour la plus grande satisfaction de l’intérêt général… De cette faiblesse de la droite découle un
enracinement dans les mentalités d’une vision manichéenne simple, simpliste mais confortable, véhiculée par la gauche et qui n’est battue en brèche que lorsque la souveraineté des faits dénonce
d’elle même son trop grand décalage avec la réalité. Pourtant, ainsi qu’il a déjà été dit, à droite les idées ne manquent pas. Mieux, le public leur réserve un accueil favorable et son engouement
peut se constater à chaque parution de livre « transgressif » ou d’article « indigne ». Mais si la poignée d’intellectuels qui en est porteur commence à percer médiatiquement, la droite elle, ne
les a toujours pas relayées. Ce qui lui manque pour les diffuser ? Du courage et de l’audace, deux choses dont elle est manifestement exsangue. Deux choses qu’il lui faudra aussi se
réapproprier.